Fin d'une époque [MONORP]

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Fin d'une époque [MONORP]

Message  Kâna L. Poliakov le Sam 5 Oct - 15:06




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J’ai juste… tellement mal…. Je ne peux pas expliquer ce que je ressens, je pleure, je souffre, je suffoque et tout ça en même temps. Mon corps réagit mais moi non. J’aurais aimé que tout ça s’arrête, que je meurs ici, maintenant, à l’aéroport de ma ville natale, en Russie. Parce que je savais très bien que si je continuais à relever la tête et à marcher, la chute n’en serait que plus lourde. J’avais envie d’en finir une fois pour toute, pour ne plus rien penser. Trop douloureux d’agir, trop douloureux de vivre. Tu sais Mukuro, j’ai essayé, une fois, deux fois, cent fois. Mais il y a cette plaie dans mon cœur qui ne se referma jamais. La combler ne sert à rien, elle reste présente, immobile et dangereuse. Toutes les fois où je croyais remonter la pente on était démolies. Je pouvais aller très bien mais quand je rentrais dans cet appartement, quand je me retrouvais à nouveau livrée à moi-même, la réalité s’abattait sur moi comme une fatalité. Tu n’es plus là. Je ne pourrais plus jamais te revoir, ne plus jamais sentir tes bras autour de moi, ne plus jamais ressentir cet état d’euphorie que j’avais quand tu étais là. Si ça n’en tenait qu’à moi, j’aurais tout arrêté. Mais la vie continue autour de moi, la vie continue sans toi. C’est si dur à accepter. Alors est-ce qu’on finira tous comme ça ? Est-ce que quoi que l’on fasse sur la Terre, on finira par nous oublier ? C’est ce que je crois. Et j’aimerais tellement ne pas voir cette dure réalité. Mais à chaque pas en avant que je fais, elle est là devant moi, et là, maintenant, j’ai envie de mourir. Peut-être que je te rejoindrais, qui sait ? Peut-être que je serais enfin libérer de toutes ces souffrances d’humain ? Mukuro… Pourquoi est-ce si dur de vivre ? Pourquoi est-ce si dur d’être un être humain ? Chaque jour, chaque heure, ça révèle d’un défi. En finir avec cette mascarade, j’y ai pensais, j’y pense et je continuerais à y penser. J’en ai envie et j’en ai peur. La vie ne tient qu’à un fil. Et moi, en temps que femme, qu’humaine, qu’enfant, je tiens tellement à elle. Plus que n’importe qui et c’est ça qui m’énerve. Parce qu’ils y en a qui l’ont mérité plus que moi, qui en aurait fait meilleur usage. Comme toi.

Au revoir. Quand j’y pense, je ne te l’ai jamais dit. Peut-être parce que j’espérais ne jamais avoir à te le dire ? Mais du coup je m’en veux. Parce que maintenant j’en ai envie mais c’est trop tard. On s’en rend compte toujours trop tard. N’est-ce pas ironique ? On fait des choix qu’on croit être bons et on ne le saura que quand on recevra les félicitations ou les claques. Ça ne t’a jamais donné cette impression là ?

Maintenant que je suis ici, que je suis retournée au point de départ, je me retourne pour voir ce que j’ai réalisé depuis mon départ. J’ai beaucoup travaillé et je suis fatiguée. Mais c’est pour papa. Alors c’est justifié. Je me suis fait des amis et des ennemies, j’ai changé la vie des gens comme eux ont changés la mienne. Puis je regrette, encore et encore. Parce qu’à trop regarder en arrière, on se condamne. Tu n’es pas le seul à qui j’aurais du dire au revoir. Karin. Mon amie, ma seule amie. Cette brave fille qui m’a supporté, consolé, épaulé. Je ne lui ai rien dit, jamais rien dit et elle elle m’a accepté et aidé sans demander quelque chose en retour. Alors je lève mon regard au ciel, qui me semble désormais plus aussi haut et plus aussi bleu. Je lève mon regard et prie avec toutes mes forces restantes. Que si dieu existe, qu’il donne tout le bonheur du monde à Karin Karino. Qu’il donne autant d’espoir à cette jeune femme qu’elle ne m’en a donnée. Et je continuerais d’espérer car le monde est injuste. Alors désolée Mukuro mais cette prière est pour Karin, je sais que tu comprendras. Ta vie sera dure, hargneuse, difficile et égoïste, mais n’oublie jamais les rires et les joies. Tu es une fille bien, les bonnes choses seront toujours devant toi. Si un jour tu te sens mal, que tu es fatiguée, que tu en a marre, arrête toi. Inspire, expire, repose-toi et recommence. Parce que ça ne sert à rien d’abandonner. Parce que ça mène à chemin qui nous parait simple mais qui fini mal. Il te transforme en une fille comme moi. Et ne sois jamais comme je suis.

Pourquoi suis-je ici ? C’est la question que je me pose quand je regarde le billet d’avion dans ma paume. Billet qui m’a couté un salaire, billet qui aurait pu servir à père plus qu’à moi. Mais que veux-tu, je suis humaine et par définition égoïste. J’ai besoin de retourner une dernière fois ici pour trouver la paix et l’équilibre entre mon cœur et mon âme. Et ça me fait rire, oh ça oui, beaucoup rire parce qu’en moi en ce moment c’est les montagnes russes. Je ne fais pourtant que traîner ma valise derrière moi, tout le long de l’aéroport, au milieu de cette foule d’inconnu. Au milieu de toute cette vie, de ces gamins joyeux et de leurs parents sérieux. Devant toute cette innocence je ne fais que de me répéter que j’aurais du taire mes envie d’indépendance, et rester plus longtemps dans l’enfance. Tout y est plus beau plus grand et plus magique. Et ma vie telle qu’elle est manque cruellement de magie.

Quittant le bruit et la chaleur du Terminal, je me retrouve dans le froid quotidien du pays. Les larmes qui sèchent sur mes joues me brûlent. Je dois être affreuse à voir. Ironiquement je me dis que si quelqu’un voyait la ‘capitaine des pompom-girls’ si peu à son avantage, ça en serait fini de moi. Si… Superficiel. On dit que l’image n’est pas le plus important mais c’est ce qu’on voit en premier. On se fait un avis de vous et vous êtes vite classés comme fréquentable ou non. Que nous sommes puérils, nous autres, humains ! Je tends le bras souplement pour appeler un taxi qui arrive rapidement. Nous sommes à un aéroport après tout, ils rodent partout. J’échange quelques mots avec le conducteur pour être sûr qu’il passe bien vers la poste et non vers la mairie. Un de ces détours inutiles que font les taxis pour soustraire inutilement de l’argent aux touristes. Tu vois grand frère, j’arrive toujours à parler russe car je n’ai jamais cessé de pratiquer. Mais ça n’empêcha pas le vieil homme de me demander pourquoi je parlais si bien russe…

Les paysages filent devant moi, familiers certes mais qui me semblent si lointains. Je les connais, les reconnais mais ils semblent faire partie d’une autre époque. Tous, de toute façon modifier par l’aire du temps. La plaie s’ouvre un peu plus. Je n’appartiens plus à ce pays, je ne suis plus Lyn mais Kâna. Je ne suis plus la gamine enjouée qui sympathise avec le premier venu sans le moindre effort. Mais par contre je suis la capitaine d’une équipe sportive, caractérielle et inaccessible.  Grand frère, c’est horrible. Mais que suis-je devenue ? Qui a volé mon identité ? Ce grand pays, ce pays qui était mien, me fait me sentir comme une intruse. Je sens que je n’arriverais plus à dire que je suis russe parce que je ne le suis plus. Je suis une citoyenne japonaise. Et je sens que tout ça est terminé, qu’il est trop tard. Alors vite, j’essaye de réparer mes erreurs en croisant mes mains, en me mordant la lèvre et en disant au revoir. Je passe sur le fait que je ne serais plus jamais la même. Mais je grandis en le disant haut et fort, en l’assumant. Parce qu’après tout, je ne suis plus une enfant. Aussi triste soit-il, l’enfance est résolut et je suis désormais une adulte.

Quand j’arrive dans la demeure de mes aïeux, j’ai cette envie de pleurer mais je n’y arrive plus. Est-ce que c’est ça qui arrive quand on l’a trop fait à tord et à travers ? Je sers doucement ma grand-mère, délicatement ayant trop peur de la briser. Elle me sourit comme à son habitude. J’essuie soigneusement mes bottines au seuil de la porte, me souvenant à quel point ma grand-mère avait du mal à se baisser pour laver le sol. Quand je les retire et que je pose mon manteau, j’entends grand-père qui m’appelle. Je me précipite dans le salon et le vois tendre les bras. Quand je retournerais au Japon, y aura-t-il quelqu’un qui me tendra les bras ? Y aura-t-il quelqu’un qui pleurera pour moi comme mon grand-père l’a fait quand je lui appris que son fils, papa, n’avais que trois mois à vivre ? Toutes ses questions se bousculent en moi. Mais la nuit tombe, le sommeil m’emporte et la chaleur de la vieille cheminée m’éloigne pour quelques heures encore loin de ces réponses que je ne veux pas entendre.


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Kâna L. Poliakov
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